
Le Balai
Robert Bibeau prend l'objet le plus pauvre du foyer et le dresse en sculpture. La hampe est une branche entière, gardée dans sa courbure naturelle, terminée d'un côté par un nœud de bois brut et de l'autre par un faisceau de fibres sombres serré au jute. Le bois est foncé, presque noir à l'extrémité, d'une teinte sourde qui appartient à la matière elle-même.
Le balai appartient à une longue histoire d'images : instrument de la sorcière, attribut de la servante, outil de purification dans la plupart des rites de seuil. Ici rien ne tranche entre ces lectures. L'objet garde sa fonction lisible, on voit qu'il pourrait balayer, et c'est précisément cette utilité conservée qui le rend troublant une fois sorti de la cuisine et posé à hauteur d'homme.
Présentée seule, sans personnage ni mise en scène, la pièce tient sur sa seule présence d'ustensile. Près de deux mètres de bois et de fibres, une verticale fruste qui n'illustre rien et ne raconte rien. C'est un balai, et le déplacement suffit à le rendre étrange.

Dans la vidéo, le balai est tenu par une figure féminine sculptée. Cette figure est une œuvre distincte, « La Prêtresse », présentée ci-dessous.
Œuvre liéeLa Prêtresse