
La Prêtresse
Figure féminine debout, taillée dans un bois clair au grain brut, ton de miel, environ cent quarante centimètres de haut. Les deux bras se dressent à la verticale, droits vers le ciel, parallèles, terminés en moignons tronqués. Les mains manquent, et le geste reste ouvert, suspendu entre l'offrande et l'invocation. Le corps est nu, dressé sur des jambes serrées en colonne, parcouru d'une longue fissure verticale que le bois a ouverte de lui-même. La figure repose sur un socle de bois clair, carré, posé à même le sol.
Le seul élément rapporté est un long collier de perles sombres, irrégulières, qui descend de la nuque jusqu'au bas du torse et s'achève sur un petit pendentif. Robert Bibeau a drapé ces perles foncées sur la surface blonde de la sculpture, et ce contraste tranche la verticalité monochrome du bloc. Les perles déplacent la lecture. Une figure dressée aux bras levés devient une présence parée, marquée par un attribut qui évoque le rituel sans en nommer aucun.
L'effet tient du cérémoniel retenu. La pièce ne renvoie à aucune divinité identifiable et convoque plutôt la fonction sacerdotale au sens large, une présence tutélaire saisie dans un instant dont nous ignorons la liturgie. Le visage, modeste sous quelques mèches, garde les yeux ouverts. Par sa hauteur et ses bras tendus vers le haut, l'œuvre semble s'avancer vers le format public, celle qu'on imagine au seuil d'un temple resté à inventer.
Dans la vidéo, La Prêtresse tient un balai. Ce balai est une œuvre distincte, « Le Balai », présentée ci-dessous.
Œuvre liéeLe BalaiLa pièce s'inscrit dans la grande lignée de la sculpture rituelle féminine, des Yoruba aux Senufo, des prêtresses néo-paganes contemporaines aux *Nanas* monumentales de Niki de Saint Phalle où la figure féminine est rendue à sa puissance. Robert Bibeau soustrait la couleur exubérante de Saint Phalle et y substitue la gravité du bois clair patiné, mais il garde l'échelle et la frontalité de la figure érigée. C'est l'une des deux ou trois pièces du corpus dont le format public appellerait naturellement l'inscription dans l'architecture.