
Yin-Yang
Colonne verticale en bois trouvé dense, d'un brun rougeâtre sombre, sculptée en taille directe et finie d'un vernis qui accroche la lumière le long du fût. La pièce se dresse sur une fine tige métallique noire fichée dans un socle de métal carré, dont la surface peinte tourbillonne de rouge et de noir. Le travail procède par soustraction : la matière a été creusée jusqu'à ce que la branche révèle une succession de présences.
À mesure que le regard remonte, le grain cesse d'être grain. Des visages affleurent, des bouches s'ouvrent en cavités, des corps s'étirent et se superposent sur toute la hauteur. Les percements traversent le bois de part en part, chacun de forme distincte : un ovale en haut, une longue fente médiane, deux ronds appariés plus bas qui se lisent comme des yeux ou des narines. Ces vides ne décorent pas la surface. Ils ouvrent des passages, et la lumière qui circule à travers donne à la colonne une présence spectrale, un négatif assumé comme volume.
La verticalité tient par la tige et le socle, qui posent l'œuvre à hauteur de regard et laissent le bois respirer dans l'espace. Le contraste entre le poli serré du fût et le rouge tournoyant de la base reste abrupt, presque dissonant. La colonne semble moins représenter des figures que les dégager d'une matière qui les contenait déjà, comme si la main n'avait fait qu'ouvrir ce que le bois retenait.
















On peut y voir une mémoire qui monte. La verticalité n'est pas architecturale, elle a quelque chose de cérémoniel, comme chez Tim Whiten. La cavité est un volume : ce que le bois ne contient plus, le regard le tient. Là où Bourgeois faisait monter la psyché dans le métal, le bois ici fait remonter ce qui ne finit pas de signifier. Une pièce qui se gagne en lenteur.