
Vaisseau spatial
Une masse allongée, posée à l'horizontale, recouverte d'une croûte métallique argentée au relief froissé. Sous ce revêtement luisant, la forme garde une silhouette branchue : des ramifications fines à gauche, qui s'effilent comme l'extrémité d'une branche, et une partie droite plus dense, hérissée de courts spurs verticaux. La surface accroche la lumière par petites facettes irrégulières, et l'œuvre dressée sur son support atteint environ 89 cm de hauteur. Le piètement, en fil d'acier laqué rouge, ouvre des lignes angulaires nettes sous la masse et la maintient en suspension, comme posée sur une nervure légère.
La pièce prend ses distances avec le reste du corpus. Robert Bibeau travaille d'ordinaire par taille directe sur du bois trouvé, et privilégie la verticalité. Ici, la matière paraît plutôt enveloppée que creusée, et l'objet repose à plat. L'armature évoque un fragment ramassé, comme dans les formes dressées abstraites, mais le traitement de surface bascule vers le registre industriel : ce qui était organique devient métal réfléchissant, lisse et dur au regard.
Le support change aussi la lecture. Cette base à fil tendu, géométrique et fine, renvoie au vocabulaire du mobilier moderniste plus qu'à la sculpture rituelle. Le titre, « Vaisseau spatial », accompagne cette dérive sans la verrouiller : la forme couchée, métallisée, suspendue au-dessus de son socle, suggère une carcasse en vol stationnaire autant qu'une branche figée sous le givre. L'œuvre reste ouverte à ces deux lectures.



La pièce dialogue ouvertement avec l'histoire du design moderne, Charles Eames, Harry Bertoia, ce moment des années cinquante-soixante où le mobilier devenait sculpture et inversement. Mais elle convoque aussi la tradition du *ready-made* duchampien augmenté : l'objet trouvé n'est pas montré tel quel, il est revêtu, transformé sans être nié. Robert Bibeau propose ainsi sa propre voie, entre l'art brut chthonien qui caractérise la majorité de son corpus et l'élégance pop-conceptuelle qui ouvre une autre porte.