
Brainless
L’homme fait partie de la nature, même dans sa forme la plus dégénérée et la plus civilisée. Un être humain sera toujours un morceau de nature. Et c’est pour cette raison que ses modes d’expression doivent eux aussi ne faire qu’un avec la manière dont la nature et la matière s’expriment.
Une tête taillée dans un bois couleur de miel, autour d'une loupe : la zone où la fibre s'enroule sur elle-même et accumule nœuds et cavités. Les orbites sont deux creux sombres, l'un presque rond, l'autre étoilé ; la bouche reste béante, taillée bas ; du sommet part une corne évidée qui rompt la symétrie du crâne. Le tout repose sur un rondin d'écorce brute. La figure était déjà là, en germe, dans l'excroissance de l'arbre ; le geste l'a dégagée sans la lisser. À certains angles, la lecture se défait et la tête redevient bloc ; c'est peut-être sa force.


Une lecture possible : un objet rituel où la matière précède la figure. Brâncuși cherchait l'épure ; le geste ici fait l'inverse, tout garder, ne rien lisser, faire confiance au regard qui apprendra à voir.