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Salamandre de Robert Bibeau : diorama vertical en relief sur panneau de bois, falaises de pierre, cascade et bassin central, salamandre verte à gauche, plantes vivantes intégrées

Salamandre

Robert Bibeau compose un paysage vertical sur un large panneau de bois récupéré, dont les bords sont peints en bleu. Des falaises de pierre s'élèvent de part et d'autre vers un ciel où brille un soleil bas, ocre et diffus. Au-dessus des cimes, à droite, une petite nuée d'oiseaux peints traverse l'azur. Entre deux piliers, un funambule avance sur un fil tendu, une ombrelle ouverte au-dessus de la tête pour tout balancier. Plus bas, une cascade descend à travers une forêt peinte, rejoint un bassin central, puis gagne un rivage de mousses, de coquillages et de fleurs blanches. Une salamandre verte tachetée de jaune grimpe à mi-hauteur sur la berge gauche, sculptée en relief, seule habitante déclarée de ce petit monde.

L'assemblage réunit pierres, écorces, branches et peinture. Le relief est franc et atteint cinq à six centimètres par endroits, si bien que la scène s'avance vers le regard. Chaque palier compose une scène autonome. L'ensemble se lit du bas vers le haut comme une ascension, de l'eau dormante jusqu'à la lumière. Le panneau est grand, près d'un mètre trente de haut, et se fixe au mur par un dispositif d'accrochage prévu à cet effet. Sa densité de matériaux gouverne surtout son installation, qui demande deux mains et un mur portant.

Salamandre est conçue pour vivre. Elle se vend sans les plantes vertes qui l'habitent sur certaines photographies, à charge pour l'acquéreur d'installer les siennes et de les renouveler au fil des saisons. Six contenants de tailles différentes sont intégrés à même la structure, bordés de pierre, répartis autour du bassin et le long du rivage. Ils reçoivent le terreau directement, comme de petits bacs de plantation, et accueillent un végétal en pot ou en pleine terre, une plante grasse, une mousse vivante. Le choix des plantes suit la lumière du lieu où l'œuvre est accrochée. Accrochée seule, la pièce tient comme un tableau-relief. Garnie de plantes vivantes, elle devient un présentoir végétal, une vitrine où des arrangements floraux trouvent un décor de falaises et d'eau. Cette double vie la destine autant à un intérieur qu'à un lieu où l'on met le vivant en scène.

Salamandre, état sans les pots de terre cuite : vue d'ensemble du diorama en résine, falaises, bassin et salamandre verte
Salamandre, photo de studio (état antérieur avec pots de terre cuite intégrés au relief) : falaises de pierre et bassin sous un soleil jaune, salamandre verte sur la berge
Pistes de lecture

La salamandre traîne une vieille réputation de bête du feu : les bestiaires la disaient capable de vivre dans les flammes, et les rois en firent un emblème de puissance ignée. Une lecture possible dépose donc, au cœur de cette œuvre, une créature de feu sur un paysage d'eau, de mousse et de pierre humide.

Le renversement vaut le détour. L'animal des cendres devient ici gardien du vert et de l'humide, posé près d'un bassin, en attente de plantes vivantes. L'œuvre tient deux états contraires sur un même plan dressé et confie au vivant, encore à venir, le soin de l'achever.