ÜGLY
Sans titre, œuvre de Robert Bibeau

Sans titre

Figure féminine assise, haute d'environ soixante-dix centimètres, taillée dans un bois clair pâle, presque blanc cassé, laissé sans vernis. Les genoux sont remontés contre la poitrine, les deux bras enserrent les tibias, la tête se tient droite, le visage tourné vers l'extérieur. La chevelure descend en longue masse sombre sur l'épaule et le dos : un bois noirci, parcouru de stries verticales qui suivent le fil, d'un brun qui se densifie jusqu'au quasi-noir et laisse le ton pâle transparaître par endroits. Le corps garde la fente naturelle du bois, lisible le long du dos et de la hanche. Le visage est stylisé, presque naïf, et pourtant entièrement modelé : sourcils arqués, deux yeux creusés, un nez long et proéminent, des joues marquées, une bouche entrouverte.

C'est la pièce la plus retenue du corpus. Robert Bibeau s'en tient ici au seul bois, sans assemblage ni médiums rapportés, sans fleur ni pierre. La chevelure assombrie suffit à poser le contraste, accompagnée d'une discrète trace de pigment rouge sur le flanc, sourde et comme oxydée. La posture reste tournée vers le dedans, le regard porté un peu plus loin que la pièce. Le bois lui-même paraît s'être recroquevillé pour tenir cette figure.

On s'arrête longtemps devant cette sculpture. Elle laisse de côté la mort, la mythologie et le théâtre qui traversent d'autres œuvres, pour s'en tenir à une présence assise et silencieuse, qui regarde ailleurs. C'est l'objet rituel au sens premier, celui devant lequel on peut s'asseoir et se taire. Dans un corpus marqué par la verticalité grave et l'inquiétude lente, cette figure assise propose un repos, un point d'ancrage où le regard se pose.

Sans titre, œuvre de Robert Bibeau
Sans titre, œuvre de Robert Bibeau
Sans titre, œuvre de Robert Bibeau
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La pièce s'inscrit dans la grande tradition de la sculpture intimiste, la statuaire rituelle Shaker, les figures funéraires de la sculpture africaine, les gravures de Käthe Kollwitz dont la figure féminine assise et recueillie est devenue un emblème. Robert Bibeau y ajoute une dimension contemporaine : la nudité pudique, le bois choisi pour sa pâleur quasi-charnelle, la peinture noire des cheveux qui contraste comme un bijou. C'est, sans doute, le centre émotionnel du corpus, ce devant quoi on revient quand on a tout vu.