
Sans titre
Stèle verticale d'environ quatre-vingts centimètres, taillée dans un bois trouvé brun-roux, noueux et raciné, posée sur une section de tronc qui garde son écorce. Une longue lame de bois s'élève de la masse, effilée, légèrement courbée, et file vers une pointe fine. Le reste de la pièce se concentre plus bas, autour d'un nœud circulaire dont le cœur évidé forme une sorte d'œil.
Robert Bibeau part d'une racine déjà éloquente et dégage ce qui en obstruait la lecture. La taille reste minimale : quelques retraits, un polissage léger sur la lame, le creusement d'une cavité autour de l'œil. Le bois garde sa couleur d'origine, ses fissures, la cicatrisation accidentée de ses nœuds. Le socle conserve son écorce brute et laisse voir l'aubier clair là où le bois s'est usé.
L'objet trouvé est ici promu au rang de signe. La verticalité fait presque tout le travail : une silhouette dressée, tenue par son seul équilibre, qui semble marquer un seuil plutôt que raconter une histoire. Dans un corpus traversé par la figure et le récit, cette pièce paraît tenir le rôle d'une respiration, posée entre deux œuvres plus narratives.






La pièce s'inscrit dans la lignée de Brâncuși et de Henry Moore, pour qui la sculpture verticale n'avait pas besoin de représenter pour exister. Brâncuși cherchait l'épure parfaite ; Moore acceptait la forme biomorphique trouvée dans le matériau et la révélait par le polissage. Robert Bibeau opte pour une voie plus brute : il garde l'irrégularité du bois flotté et y ajoute juste la touche minimale qui en fait un objet d'art plutôt qu'un fragment de nature. Une abstraction qui ne renonce ni à l'origine organique ni à la modestie du format.