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Figure animale — forme bondissante (oiseau / félin) sculptée dans bois torturé, pierre verte encastrée, base ronde peinte. — vue 2

La balançoire magique

Une colonne de bois s'élève d'un pied unique et se divise en fourche, deux bras qui s'ouvrent comme les plateaux d'une balance. Le bois est noueux, miellé, verni d'un éclat qui suit la torsion du grain et les renflements de la loupe. Sur le bras de gauche repose une lourde pierre grise, anguleuse, aux arêtes coupantes, une masse d'ardoise posée en équilibre dans le creux de la branche. Le bras de droite porte un minéral plus clair, verdâtre et translucide, à la surface brute et cristalline. Entre les deux, la verticalité du tronc tient la pesée.

Le titre annonce une balançoire, et la forme y répond. Deux poids inégaux se font face de part et d'autre de la fourche, l'un dense et terne, l'autre laiteux et capteur de lumière, dans un calme qui semble toujours sur le point de basculer. Une fine excroissance s'échappe vers la droite, branche effilée terminée en pointes, comme un membre qui cherche son appui. Un petit boulon de métal affleure sur le fût, trace discrète de l'assemblage. La lecture animale reste possible sans jamais se fixer.

L'équilibre paraît précaire et délibéré à la fois. Là où d'autres pièces verticales du corpus pèsent vers le bas, celle-ci joue la suspension, le poids qui hésite, la pierre qui pourrait tomber. Robert Bibeau travaille ici le bois trouvé pour ce qu'il offre déjà, une fourche prête à recevoir, et il y dépose deux fragments minéraux que tout oppose en densité et en couleur. La gravité devient le sujet.

Figure animale — forme bondissante (oiseau / félin) sculptée dans bois torturé, pierre verte encastrée, base ronde peinte. — vue 1
Figure animale — forme bondissante (oiseau / félin) sculptée dans bois torturé, pierre verte encastrée, base ronde peinte. — vue 3
La balançoire magique, œuvre de Robert Bibeau
La balançoire magique vue de face sur une table, sculpture en bois trouvé surmontée de pierres et d'un cristal, avec sa balançoire suspendue.
Vidéo
Pistes de lecture

On peut lire la pièce comme un signe d'élargissement. Le bestiaire fantastique fait son entrée dans un corpus dominé par la figure humaine émergente et le memento mori : un animal qui bondit, une couleur qui brille, une matière qui scintille. C'est le voisinage de Shary Boyle pour le grotesque assumé qui sait être joueur, ou de Howie Tsui pour l'animisme contemporain. Robert Bibeau prouve ici qu'il peut tenir le grave et l'animé dans la même main.