
Mort mais vivant
Notre rapport à l’environnement dans lequel nous vivons est comparable, disons, au rapport entre un contenant et son contenu, chacun s’étant développé indépendamment de l’autre. Une telle relation peut ou non impliquer une correspondance réciproque. La nôtre est toujours une relation de correspondance, ce qui n’exclut pas la possibilité que cette relation (comme cela arrive souvent) s’avère substantiellement négative pour nous et pour notre environnement. Et pourtant, il ne fait aucun doute que le contenant et le contenu, la condition humaine et l’environnement humain, sont ici le résultat d’un seul et même processus dialectique, d’un seul et même processus de conditionnement et de formation mutuels.
En 2023, les feux de forêt ont ravagé une superficie sans précédent du territoire canadien. Mort mais vivant est conçu en mémoire de ces forêts : le deuil est dans la matière même. Une branche calcinée s'élève, noircie, dépouillée ; à côté, une figure au corps squelettique, taillée dans le bois clair, se tient droite sur son piédestal. Les deux verticales montent d'une même plaque d'écorce, et là, sur ce sol brûlé, de la mousse a repris, un vert discret et têtu au pied de la figure. L'arbre est mort, le corps aussi ; la mousse, elle, vit.




Le memento mori rappelle la mort pour mieux faire sentir la vie ; il glisse ici vers l'écologique, à l'échelle d'une forêt. La mousse pose la question en silence : la repousse console-t-elle, ou ne fait-elle que recouvrir.