
Le dernier de sa race
En taillant ce bloc de bois trouvé, Robert Bibeau a dégagé une tête de hache que l'arbre vivant avait engloutie : la lame était entrée, les fibres s'étaient refermées sur elle année après année. Cette trouvaille a décidé du reste. La forme évoque un taureau, dressé à plus d'un mètre cinquante sur une tige de métal forgé qui serpente depuis un socle de béton ; deux moignons asymétriques tiennent lieu de cornes, l'une arrachée, l'autre brisée. La tige garde du jeu : une poussée de la main fait osciller la bête, qui balance puis revient à l'aplomb. Les entailles restent à vif. Une bête qui a encaissé et qui tient encore.





Personne n'a planté cette hache : le bois l'avait avalée, et la taille l'a rendue visible. Le bovin blessé rejoint les bêtes endurantes de l'art, du taureau de Picasso aux figures votives. Une question reste ouverte : ce dernier survivant tient-il debout par force, ou parce qu'on l'a dressé là.