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Chasseur archaïque — tête animale (cervidé / loup) en bois sculpté, cou en ressort métallique, bras tendu avec lance, corps en bois trouvé tortueux. — vue 1

Le batteur

Une figure dressée d'environ soixante-seize centimètres, montée sur un bloc de bois verni à la grosse veinure ambrée. Le corps est une longue branche trouvée, tordue et noueuse, qui se replie en une courbe creuse au-dessus du socle, comme un être accroupi sur le point de frapper. De ce tronc partent deux tiges de bois clair, pâles et effilées, terminées en pointe. L'une se lève à la verticale près de la tête, portée par une mince armature métallique gainée d'un ressort hélicoïdal brillant. L'autre est tendue vers l'avant au bout d'un bras qui n'a rien d'un bras : une tige métallique coudée, pincée à son extrémité par un ressort qui serre le manche de bois. Lues ensemble, les deux baguettes tenues en l'air par leurs ressorts donnent leur titre à la pièce.

Au sommet repose une dalle de bois sculptée, plus sombre et plus rouge que le reste, traversée d'un trou rond qui se lit comme un œil. Sa silhouette à crans évoque un mufle de profil, museau ouvert vers le bas, sans que l'animal se laisse nommer : l'identification reste ouverte. Un petit fragment de bois recourbé flotte un peu plus bas, du côté de la mâchoire, là où l'armature rejoint le corps. Entre la dalle et le tronc, le cou est une succession de ressorts et d'un segment torsadé sombre, chaîne ou fil enroulé, qui remplace la colonne vertébrale par sa version d'atelier.

Le ressort, ou plutôt les ressorts, font le travail de la pièce. Robert Bibeau prend des pièces de quincaillerie ordinaires et leur confie des fonctions de chair : un cou, un poignet, une articulation d'épaule. La tête animale, sculptée avec soin, se trouve dégradée d'être portée par ce cou métallique qui ondule ; les ressorts, eux, gagnent en gravité d'être promus au rang d'anatomie. La scène tient sur cette tension. Mi-bête, mi-mécanique, le batteur semble figé une fraction de seconde avant la frappe, dans un geste suspendu qui appartient à un imaginaire archaïque sans illustrer aucun mythe précis.

Chasseur archaïque — tête animale (cervidé / loup) en bois sculpté, cou en ressort métallique, bras tendu avec lance, corps en bois trouvé tortueux. — vue 2
Chasseur archaïque — tête animale (cervidé / loup) en bois sculpté, cou en ressort métallique, bras tendu avec lance, corps en bois trouvé tortueux. — vue 3
Vue studio, fond blanc.
Le batteur, dans un espace d’accueil contemporain
Le batteur, dans un espace d’exposition épuré
Le batteur, dans un intérieur résidentiel contemporain
Le batteur, dans un intérieur résidentiel contemporain
Vidéo
Pistes de lecture

L'œuvre prolonge la tradition de l'assemblage qui ennoblit la matière trouvée, proche de Joseph Cornell pour la promotion d'objets industriels au rang figuratif, ou de Marisol Escobar pour la figure bois animée d'éléments incongrus. Mais Robert Bibeau y ajoute une dimension chthonienne qui lui appartient en propre : le ressort comme cou n'est pas joyeux, il est inquiétant. C'est le voisinage des animismes contemporains de Shary Boyle ou de Howie Tsui, la figure animée par un mécanisme dont elle n'a pas le secret, manifestée dans le bois.